Grâce à la révolution numérique, le monde d’utilisateurs d’Internet ne cesse d’augmenter. En effet, selon le “Digital Report” 2023, 5,16 milliards de personnes, soit 64,4 % de la population mondiale est connectée à Internet. En conséquence, la violence envers les femmes et les filles facilitée par la technologie a aussi connu un essor, et représente un danger pour la sérénité des femmes et des filles partout dans le monde.
Le thème des 16 jours d’activisme de 2025 “ « Tous UNiS pour mettre fin à la violence numérique contre les femmes et les filles » nous invite à réfléchir et agir pour mettre fin aux violences numériques subies par les femmes et les filles du monde entier.
Qu’est-ce que les violences numériques ?
Les “violences numériques” ou “abus en ligne” désignent tout acte commis, aggravé ou facilité par l’utilisation des technologies de l’information et de la communication, ou d’autres outils numériques.
Elles peuvent prendre différentes formes :
- le harcèlement sexuel et le harcèlement en ligne
- la cyberintimidation, la traque obsessionnelle et les menaces en ligne
- les hypertrucages (deepfakes) générés par l’IA tels que des images sexuellement explicites etc.
- le pédopiégeage et l’exploitation sexuelle
- les réseaux misogynes (ex : les forums de célibataires involontaires “incels”)
- la publication de données à caractère personnel ou le doxing
- le revenge porn
- le discours de haine et la désinformation sur les plateformes sur les réseaux sociaux
- le harcèlement obsessionnel en ligne ou la surveillance/traque pour surveiller les activités d’une personne.
L’expression “violence envers les femmes et les filles facilitée par la technologie” traduit le mieux la manière donc la technologie peut permettre de leur nuire, à la fois en ligne et hors ligne. Ainsi, elle donne lieu ou peut donner lieu à des dommages physiques, sexuels, psychologiques, politiques, sociaux ou économiques, ou d’autres atteintes aux droits et aux libertés.
Le continuum des violences numériques et des violences physiques
En 1987, la sociologue britannique Liz Kelly introduit le concept de “continuum” des violences faites aux femmes qui désigne « un caractère commun fondamental qui sous-tend de nombreux événements différents » et « une série continue d’éléments ou d’événements qui se confondent et ne peuvent être distingués d’emblée ». Ces évènements très divers ont pour principal dénominateur commun que l’homme usent d’une variété de formes d’abus, de contraintes et d’usages de la force pour contrôler les femmes.
Ainsi les violences numériques s’inscrivent dans le continuum des violences faites aux femmes. Les conséquences vont au-delà du numérique. Les femmes et les filles abandonnent leurs études, réduisent leur présence en ligne, souffrent de problèmes de santé mentale et perdent confiance en elles pour s’exprimer.
Ils servent aussi à préparer, légitimer ou accompagner les violences physiques.
Dans la situation des couples, l’espace numérique devient une extension du foyer, le conjoint violent peut maintenir son emprise même à distance.
Les violences numériques et les féminicides
Les violences numériques sont souvent un signal précoce d’un passage à des violences plus graves. De nombreux féminicides sont précédés d’une phase de contrôle numérique poussée. En effet, le cybercontrôle empêche souvent de sortir de la relation ou augmente le risque de violence lors de la rupture :
- la surveillance permanente empêche la victime de demander de l’aide
- la peur de fuites d’images intimes qui favorise le chantage sexuel
- la dépendance de la victime due au contrôle financier ou administratif
Le numérique amplifie le contrôle, la surveillance, les menaces et l’isolement. Il est utilisé par de nombreux auteurs pour traquer, intimider ou punir la victime avant le passage à l’acte. Par exemple, la victime géolocalisée via son téléphone qui est retrouvée par l’agresseur. L’usurpation d’identité utilisée pour surveiller les contacts de la victime, etc.
Les obstacles à la protection et la reconnaissance des violences numériques
Les violences numériques restent souvent sous-estimées ou mal comprises, malgré leur impact direct sur la sécurité des femmes. La cybersurveillance laisse parfois peu de traces visibles et nécessite des compétences techniques pour être identifiée. Ainsi beaucoup de victimes peinent à obtenir une protection efficace.
Cette méconnaissance entraîne un minimisation systématique : les violences numériques sont parfois perçues comme “non graves”, alors qu’elles participent directement à l’emprise et peuvent précipiter des passages à l’acte violent dans le monde physique. Le manque de formation des forces de l’ordre et des magistrats complique le dépôt de plainte et la qualification pénale, laissent certaines survivantes sans protection adaptée. Enfin, de nombreuses femmes hésitent à demander de l’aide par crainte d’être décrédibilisées ou par peur que l’agresseur ne découvre leurs démarches grâce aux outils numériques qu’il contrôle.
Prévenir et réduire les risques : des outils à mettre entre toutes les mains
La prévention numérique joue un rôle crucial pour limiter l’impact des cyberviolences et pour redonner du pouvoir aux victimes. Il faut identifier les signaux d’alertes : l’exigence d’accéder au téléphone, la confiscation d’appareils, la demande insistante des mots de passe, la vérification systématique des messages entrants et sortants ou la surveillance des réseaux sociaux.
Des actions simples peuvent renforcer la sécurité : changer régulièrement les mots de passe, activer la double authentification, vérifier les autorisations des applications, supprimer les accès partagés, et rester attentive aux signes de présence d’un logiciel espion. Documenter les violences (captures d’écran, messages, traces numériques) aide également à constituer des preuves en cas de procédure.
Au-delà des outils, il est essentiel de s’appuyer sur un réseau d’aide : associations spécialisées, numéros d’écoute, proches de confiance, permanences juridiques. Ces ressources permettent d’accompagner les survivantes dans une démarche globale, incluant aussi bien la sécurité numérique que la protection physique.
Lutter contre les féminicides implique de reconnaître que la violence numérique fait partie intégrante du cycle des violences et renforce la capacité de contrôle de l’agresseur.
Cette lutte doit être collective. Sensibiliser le grand public est essentiel pour sortir de l’idée que “ce n’est que du virtuel”. Les violences numériques sont des violences réelles, qui blessent, isolent, terrorisent. Elles peuvent précéder, accompagner ou accélérer des violences physiques. Les reconnaître pleinement, c’est se donner les moyens de sauver des vies.
C’est pourquoi la Ligue réaffirme son engagement total aux côtés des survivantes. Les 1 et décembre dernier ont eu lieu “Les ateliers de formation sur la sécurité numérique en période électorale” dans l’intention de renforcer la résilience des jeunes et des femmes face aux violences numériques et aux discriminations de genre en période électorale. Les prochains ateliers se tiendront les 11 et 12 décembre à Yamoussoukro.

Nous œuvrons chaque jour pour informer, accompagner et protéger les femmes confrontées à la violence numérique, en soutenant la constitution des preuves, en travaillant avec des partenaires spécialisés et en assurant une écoute bienveillante et confidentielle.
Ensemble, nous pouvons briser l’isolement, restaurer l’autonomie et prévenir les violences les plus graves, pour qu’elles ne soient plus jamais seules.
#LaLigue
Écrit par Marianne Thiémélé
