Depuis maintenant 2 ans, la Ligue Ivoirienne des Droits des Femmes compte en son sein trois membres résidants et originaires de la République Démocratique du Congo (RDC). Nous avons voulu mettre en lumière une partie de leur histoire. C’est pourquoi à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la Ligue souhaite attirer l’attention sur une réalité trop souvent ignorée : la situation dramatique des femmes en RDC.
Alors que les discours politiques évoquent progrès et parité, des milliers de femmes continuent d’être victimes de violences extrêmes, parfois jusqu’à la mort, dans un contexte où la justice peine à reconnaître la spécificité de ces crimes.
En RDC, une femme peut être tuée parce qu’elle est une femme, sans que la loi ne nomme ce crime : le féminicide.
Une violence massive et systémique
Les chiffres disponibles témoignent d’une crise profonde en RDC. En effet, selon le Réseau des Femmes Élues Locales d’Afrique (REFELA), 65 % des femmes en Afrique centrale subissent des violences physiques ou sexuelles, contre environ 40 % en Afrique de l’Ouest.
Dans l’est de la RDC, les violences atteignent des niveaux alarmants. L’ONG Médecins Sans Frontières a pris en charge près de 40 000 survivantes de violences sexuelles dans la province du Nord-Kivu en 2024.
Les violences sexuelles contre les enfants sont endémiques, systémiques et s’aggravent en RDC. D’après l’UNICEF RDC, plus de 35 000 enfants ont été victimes de violences sexuelles ou d’agressions graves dans les neuf premiers mois de 2025, dans un contexte d’instabilité sécuritaire persistante. Les jeunes filles adolescentes sont les plus touchées, elles représentent la part la plus importante et croissante des survivants.
De multiples vies sont brisées, des familles sont détruites dans une société qui laisse les femmes mourir dans le silence.
Le mot qui manque à la loi : féminicide
En RDC, le féminicide n’existe pas juridiquement. Le Code pénal congolais, aujourd’hui largement dépassé, continue de traiter les meurtres de femmes comme de simples homicides. Cette absence de reconnaissance empêche d’identifier la dimension sexiste et systémique de ces crimes.
Nommer un crime est pourtant une étape essentielle pour le combattre.
Sans reconnaissance juridique, les féminicides restent invisibles, dilués dans les statistiques criminelles.
À cette lacune s’ajoute une impunité structurelle. Selon les analyses d’organisations onusiennes et de défense des droits des femmes en RDC, moins de 10 % des femmes victimes de violences graves portent plainte.
La Fondation Panzi du docteur Denis Mukwenge le justifie par :
- la stigmatisation sociale,
- le coût des procédures,
- la peur des représailles,
- et le manque de confiance dans les institutions.
Quand la guerre banalise la violence contre les femmes
La situation sécuritaire du pays amplifie encore ces violences. Dans l’est de la RDC, les groupes armés utilisent régulièrement les violences sexuelles comme arme de guerre. Le corps des femmes devient un champ de bataille, un instrument de domination et d’humiliation.
Dans ce contexte, l’absence d’une justice forte et accessible nourrit un cercle vicieux d’impunité. Selon les analyses du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, le système judiciaire en République démocratique du Congo souffre d’un manque chronique de ressources, ce qui limite l’accès des victimes de violences à la justice et favorise l’impunité des auteurs.
Les féminicides, eux, restent statistiquement invisibles, souvent classés parmi les faits divers crimes.

Nommer, reconnaître, punir : l’urgence de légiférer
En cette Journée internationale des droits des femmes, la Ligue Ivoirienne des Droits des Femmes rappelle une évidence : la solidarité féministe ne connaît pas de frontières.
Face à cette situation, nous appelons les autorités congolaises et la communauté internationale à agir. Nous demandons :
- La reconnaissance et la criminalisation du féminicide dans le Code pénal congolais.
- Le financement effectif des structures de prise en charge des victimes, notamment les centres d’écoute et d’hébergement.
- La fin des arrangements à l’amiable pour les crimes de sang commis contre les femmes.
- Une amélioration de la production de données officielles sur les violences basées sur le genre, afin de rendre visibles ces crimes.
Le 8 mars ne doit pas être seulement une journée de célébration symbolique.
Les femmes n’ont pas besoin de fleurs. Elles ont besoin de lois qui les protègent et de justice qui les défende.
Parce que chaque féminicide est un échec collectif. Parce que le silence tue autant que la violence.
La Ligue réitère son engagement auprès des survivantes, et continuera de plaider, au niveau national et international, pour une reconnaissance juridique du féminicide et pour des mécanismes de protection efficaces en faveur des femmes.
#StopFéminicides
#LaLigue
Écrit par Fabien Kambi et Marianne Thiémélé
