Afghanistan : cinq ans après, l’effacement des femmes continue

Le 15 Août 2021, la prise de Kaboul marquait le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan. Cinq ans après, les droits des femmes et des filles continuent de reculer. Éducation, emploi, liberté de mouvement, accès aux espaces publics ou encore accès aux soins : les restrictions se sont multipliées jusqu’à toucher presque toutes les dimensions de leur vie.

En 2026, ONU Femmes dresse un constat particulièrement alarmant : l’exclusion des femmes et des filles est devenue la norme en Afghanistan. Loin d’être temporaires, les restrictions imposées depuis cinq ans se sont progressivement installées dans la société et limitent fortement leur autonomie et leur participation à la vie publique.

Exclues de l’éducation et de la vie publique

Depuis 2021, les femmes et les filles afghanes ont progressivement été écartées de nombreux espaces de la société. Les filles ne peuvent plus poursuivre leur scolarité au-delà du primaire et les femmes sont exclues des universités. Leur accès à de nombreux emplois a également été restreint, tout comme leur présence dans certains espaces publics.

Ces restrictions ont des conséquences qui dépassent largement l’accès à l’éducation ou au travail. Elles réduisent l’indépendance économique des femmes, limitent leurs possibilités de participer aux décisions qui concernent leur vie et renforcent leur isolement.

En décembre 2024, une nouvelle restriction a encore aggravé cette situation : les autorités talibanes ont interdit aux femmes et aux filles de suivre les formations dispensées dans les instituts médicaux, notamment en soins infirmiers et en maïeutique. Une décision particulièrement préoccupante dans un pays où les femmes rencontrent déjà d’importants obstacles dans l’accès aux soins.

Quand l’exclusion des femmes menace aussi leur santé

La crise que traverse l’Afghanistan touche l’ensemble de la population. En 2026, 14,4 millions de personnes ont besoin d’une assistance sanitaire. Le système de santé reste fragilisé par le manque de financements et de personnel qualifié ainsi que par les difficultés d’accès aux services, notamment dans les régions éloignées.

Pour les femmes, ces difficultés se combinent aux restrictions fondées sur le genre. La présence de professionnelles de santé est particulièrement importante pour permettre aux Afghanes d’accéder à certains soins. Empêcher les femmes de se former comme infirmières ou sages-femmes menace donc non seulement leur droit à l’éducation et au travail, mais également l’accès aux soins des autres femmes.

Une étude publiée en 2026 dans The Lancet Global Health a modélisé les conséquences possibles de cette interdiction. Selon les scénarios étudiés, le recours des femmes aux services de santé maternelle et reproductive pourrait tomber à 50–55 % du niveau actuel dans les scénarios les plus favorables, et à 33–35 % dans les plus défavorables. Les chercheurs projettent également une augmentation du ratio de mortalité maternelle comprise entre 29 % et 41 %. Ces résultats constituent des projections fondées sur différents scénarios, et non des prévisions certaines.

Ces chiffres sont des projections et non des décès déjà observés. Ils illustrent néanmoins un mécanisme particulièrement inquiétant : exclure aujourd’hui les femmes des formations médicales pourrait signifier, demain, moins de professionnelles disponibles pour prendre en charge les femmes et les filles.

@The Guardian

Des droits qui ne peuvent être dissociés

La situation des Afghanes rappelle à quel point les droits fondamentaux sont liés entre eux. Priver une fille d’éducation ne signifie pas seulement lui fermer les portes d’une salle de classe. Cela limite aussi ses possibilités d’accéder à un métier, de disposer de ressources propres et de participer pleinement à la société.

Dans le domaine de la santé, cette interdépendance est particulièrement visible. Lorsqu’une femme ne peut plus devenir sage-femme ou infirmière, c’est son avenir professionnel qui disparaît, mais c’est aussi l’accès aux soins de nombreuses autres femmes qui peut être compromis.

Cinq ans après le retour des talibans au pouvoir, les femmes et les filles afghanes continuent ainsi de voir leurs droits, leur autonomie et leur présence dans l’espace public se réduire.

Derrière chacune de ces restrictions se trouvent des millions de femmes et de filles auxquelles on interdit d’étudier, de travailler, de se déplacer librement ou de décider de leur avenir.

Leur effacement de la société ne doit pas devenir une normalité que le reste du monde finit par accepter.