Afrique: Féminicide – Un fléau qui continue de faire des victimes

Par Lyss Koumba

Le 17 Août 2026- Allafrica/ Toutes les dix minutes, une femme ou une fille est tuée par son partenaire intime ou par un membre de sa famille. Ce n’est pas un phénomène lointain, ni une réalité propre à quelques sociétés. C’est une violence qui frappe partout dans le monde, y compris en Afrique.

En 2023, près de 85 000 femmes et filles ont été tuées intentionnellement dans le monde. Parmi elles, environ 51 100 ont été tuées par leur partenaire intime ou un membre de leur famille, soit près de 60 % des homicides intentionnels de femmes et de filles. Autrement dit, le foyer, censé être un refuge, demeure pour beaucoup de femmes un lieu où leur vie est en danger.

Ces chiffres sont issus du rapport conjoint d’ONU Femmes et de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) consacré aux féminicides en 2023. Le rapport souligne également que ces meurtres sont souvent l’aboutissement de violences antérieures et qu’une partie d’entre eux aurait pu être évitée grâce à une intervention précoce et à une meilleure protection des victimes.

L’Afrique, continent le plus touché

Les données les plus récentes publiées par ONU Femmes et l’ONUDC, portant sur 2024, montrent que l’Afrique demeure la région du monde affichant le taux le plus élevé de féminicides commis par un partenaire intime ou un membre de la famille : environ 3 victimes pour 100 000 femmes et filles. Le continent a enregistré environ 22 600 victimes en 2024.

Derrière ces statistiques se trouvent des femmes qui avaient un prénom, une famille, des projets et une vie. Et, dans de nombreux cas, des violences avaient précédé leur mort. Au Cameroun, les chiffres communiqués par les autorités montrent une évolution particulièrement préoccupante. 50 féminicides ont été enregistrés en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025, soit 194 femmes tuées en trois ans. Entre 2023 et 2025, le nombre de cas a ainsi augmenté de 54 %.

Et la tendance ne semble pas s’inverser. Entre janvier et avril 2026, 50 nouveaux féminicides ont déjà été recensés, selon les données communiquées par la ministre camerounaise de la Promotion de la Femme et de la Famille devant l’Assemblée nationale. Ces 50 cas s’ajoutent donc aux 194 féminicides enregistrés au cours de la période 2023-2025.

Le gouvernement reconnaît lui-même que ces chiffres ne représentent que les cas enregistrés et documentés. La peur des représailles, la stigmatisation, la pression familiale et la faible dénonciation des violences contribuent à rendre invisible une partie de la réalité.

Un féminicide n’est pas un simple « drame familial »

Combien de femmes devront encore mourir avant que nous cessions de parler de « drames familiaux » pour désigner ce qui relève de violences fondées sur le genre ?
Combien de morts faudra-t-il encore pour comprendre qu’un féminicide n’est pas un simple fait divers ?

Derrière certains meurtres, il y a souvent une histoire de violences conjugales, de menaces, de contrôle, de harcèlement ou de violences psychologiques et physiques. Le meurtre peut être l’aboutissement d’un processus de violence qui avait parfois déjà été signalé, observé ou minimisé.

Il est temps de nommer les féminicides. Il est temps de les compter. Il est temps de prévenir les violences avant qu’elles ne deviennent irréversibles.
Parce qu’aucune femme ne devrait devenir une statistique avant que la société ne se décide enfin à regarder la violence en face.